Marie Cordier
10/9/2026
9
min
Admin & Fiscalité

Une association peut être amenée à émettre des factures lorsqu’elle vend des biens, propose des prestations de services ou organise des événements payants. Contrairement à une idée reçue, son but non lucratif ne la dispense pas automatiquement de TVA ni d'obligations de facturation.
Cet article fait le point sur les cas où une association doit facturer, les règles applicables en matière de TVA, les mentions obligatoires à intégrer sur chaque facture, et les conséquences de la réforme de la facturation électronique. Nous verrons aussi comment choisir un logiciel adapté à la gestion associative, et comment s’organise la facturation entre entreprises et associations.
Oui. Une association déclarée a le droit d'émettre des factures lorsqu'elle réalise une opération économique (vente de biens ou prestation de services). Dans certains cas, l’émission d’une facture est même obligatoire.
La facture permet de formaliser la transaction entre l'association et son client. Elle constitue également une pièce comptable indispensable en cas de contrôle fiscal, ou encore pour justifier de l’utilisation d’une subvention.
🔎 À noter : une association ne facture pas les cotisations de ses adhérents. Elle délivre généralement un appel à cotisation ou un reçu. De même, en cas de don (mécénat ou parrainage), elle délivre un reçu fiscal et non une facture pour attester le paiement. Une subvention publique ne se facture pas davantage : elle donne lieu à une demande puis à un appel de fonds, qui restent hors du champ de la facturation électronique. La facture est réservée aux opérations de vente ou de prestation.
Pour une association comme pour une entreprise, la facture est obligatoire dans les cas suivants :
🔎 À noter : pour les prestations de services destinées au particulier, il est possible d’établir une note en lieu et place de la facture.
Le défaut de facturation expose l'association à une amende administrative prononcée par la DGCCRF, dont le montant ne peut excéder 375 000 € pour une personne morale (75 000 € pour une personne physique). Ce plafond est porté à 750 000 € en cas de réitération du manquement dans un délai de deux ans à compter de la date à laquelle la première décision de sanction est devenue définitive (article L. 441-9 du Code de commerce).
🔎 À noter : une omission ou une erreur sur une mention obligatoire expose à une amende (15 euros par mention manquante, plafonnée à un quart du montant de la facture, article 1737 II du CGI).
Non, une association déclarée n’a pas besoin d’avoir un numéro Siret pour facturer. Déclarer son existence à la préfecture lui confère une personnalité morale suffisante pour établir des factures.
Cependant, l’inscription au répertoire Sirene et l’obtention d’un numéro Siret deviennent obligatoires dès que la structure :
Dans ce cas, le numéro Siret doit figurer sur les factures émises. À défaut de Siret, l'association mentionne son numéro RNA (répertoire national des associations, tenu par le ministère de l'Intérieur), qui figure sur le récépissé de déclaration en préfecture.
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Une association doit suivre les mêmes règles de facturation qu’une entreprise (délai de conservation des factures, prescription facture…). Elle doit notamment respecter scrupuleusement les mentions obligatoires sur les factures, avec quelques spécificités liées à son statut associatif.
Chaque facture doit comporter :
Certaines mentions dépendent du régime fiscal ou de la nature de l'opération. Par exemple, lorsqu’un acompte est ou a été facturé, les factures doivent comporter la mention « Facture d'acompte » ou « Facture de solde ».
Des mentions spécifiques à la TVA doivent également figurer sur la facture, comme nous allons le voir.
Certaines associations doivent émettre des factures sans TVA, tandis que d’autres sont redevables de cette taxe et doivent la collecter auprès de leurs clients.
Une association loi 1901 poursuit par principe un but non lucratif et une gestion désintéressée. Cependant, elle a la possibilité d’exercer des activités commerciales, à titre majoritaire ou minoritaire.
Une association devient assujettie à la TVA dès lors qu'elle exerce une activité économique en concurrence avec le secteur marchand. L'administration apprécie cette concurrence au moyen de la règle des 4 P : le Produit proposé, le Public visé, le Prix pratiqué et la Publicité réalisée. Il n'y a pas de seuil : l'assujettissement peut être acquis dès le premier euro.
Une association dont la gestion demeure désintéressée et dont l'activité non lucrative reste prépondérante bénéficie malgré tout de la franchise des impôts commerciaux (TVA, impôt sur les sociétés, contribution économique territoriale) tant que ses recettes lucratives accessoires ne dépassent pas 81 051 € pour 2026. Ce seuil, publié au BOFiP, est indexé chaque année sur la prévision d'indice des prix à la consommation.
💡 Bon à savoir : les critères permettant à l’administration de distinguer activité commerciale et non commerciale sont détaillés dans la fiche officielle sur la fiscalité des associations et la règle des 4 P.
Une association assujettie à la TVA est dispensée de la collecter dans deux cas :
La franchise en base s’applique par défaut en dessous de 85 000 € de chiffre d'affaires annuel pour les ventes de biens et 37 500 € pour les prestations de services (seuils majorés : 93 500 € et 41 250 €). Le projet de seuil unique à 25 000 € a été définitivement abandonné : ces plafonds restent inchangés en 2026. Au-delà de ces seuils, l’association bascule vers le régime réel et facture la TVA.
Les activités exonérées de TVA sont définies par l’article 261 du Code général des impôts. Les associations sont principalement concernées par l'exonération des services rendus à leurs membres par un organisme sans but lucratif à gestion désintéressée (art. 261-7-1°-a), celle des six manifestations annuelles de bienfaisance ou de soutien (art. 261-7-1°-b), et celle de l'enseignement et de la formation professionnelle continue (art. 261-4-4°).
💡 Attention : franchise en base et exonération ne signifient pas « hors TVA ». L'association reste assujettie, même si elle n'est pas redevable. Cette distinction est décisive pour la facturation électronique, comme nous le verrons plus loin.
La réforme de la facturation électronique va se déployer progressivement en France à partir de septembre 2026. Cette révolution administrative va transformer les pratiques et les obligations des entreprises (voir obligation facture électronique), mais aussi de certaines associations, en matière de facturation.
💡 Pour approfondir ce sujet, consultez notre article “Facturation électronique association”.
La réforme de la facturation électronique concerne toutes les structures assujetties à la TVA établies en France. Le critère n'est ni le chiffre d'affaires, ni le montant des recettes commerciales : c'est l'assujettissement.
Attention au piège le plus fréquent : assujetti ne veut pas dire redevable. Une association en franchise en base, ou dont les activités sont exonérées, reste assujettie. Elle entre donc dans le champ de la réforme, même si elle ne collecte aucune TVA.
Trois situations doivent être distinguées :
Concrètement, une association assujettie devra :
🔎 À noter : une facture électronique n’est pas un PDF envoyé par mail. C’est un document structuré, émis dans un format de facture électronique conforme (Factur-X, UBL ou CII) permettant son traitement automatisé. Elle ne peut être émise, transmise et reçue que via une plateforme agréée par l’administration fiscale.
La facturation électronique a déjà été généralisée depuis 2020 pour les factures destinées aux administrations publiques (B2G, business-to-government) avec la plateforme Chorus Pro.
Concrètement, lorsqu'une association facture un service de l’État, une collectivité territoriale ou un établissement public, elle doit impérativement passer par Chorus Pro. Cette règle vaut pour toutes les structures, qu’elles soient assujetties ou non à la TVA.
Pour les factures émises vers le secteur public, ce canal reste inchangé. La réforme étend en revanche le rôle de Chorus Pro, qui devient la plateforme du secteur public également pour l'émission : une association assujettie recevra donc par ce biais les factures des entités publiques.
Dès que l'association devient assujettie à la TVA et entre dans le champ de la réforme, elle doit obligatoirement désigner une plateforme agréée par l'administration fiscale. Cette plateforme garantit la conformité de chaque facture aux nouvelles exigences légales. C'est le seul intermédiaire habilité à transmettre les factures électroniques et les données de e-reporting. Elle peut être utilisée directement pour faire des factures électroniques et en recevoir.
L’association peut faire le choix d’utiliser une solution compatible connectée à une plateforme agréée afin de bénéficier de fonctionnalités et d’une interface plus adaptées à ses besoins. Cette solution permet par exemple de continuer à utiliser son logiciel de facturation habituel après la réforme, en l’associant à une plateforme agréée, s’il porte le label « solution compatible ».
💡 Bon à savoir : Kolecto propose à la fois une plateforme agréée immatriculée par la DGFiP et une solution compatible pour s’adapter aux besoins de toutes les petites structures concernées par la facturation électronique.
En dehors des opérations concernées par le e-invoicing, les associations sont libres d’utiliser la méthode de leur choix pour faire des factures. En pratique, différents types de logiciels sont envisageables :
Pour une association qui facture de manière occasionnelle, un modèle de facture associative gratuit à télécharger et personnaliser, au format Word, Excel ou PDF peut suffire. Cette solution est simple et gratuite, mais le modèle de facture présente des limites : pas de numérotation automatique fiable, pas d'archivage sécurisé, pas d’intégration comptable automatique, et un risque d'erreur sur les mentions obligatoires.
Différentes plateformes dédiées à la gestion associative sont disponibles sur le marché, combinant facturation, suivi des adhésions et comptabilité simplifiée. Elles conviennent aux structures de taille moyenne cherchant un outil tout-en-un.
Un logiciel de facturation permet de gagner du temps : saisie et numérotation automatiques, suivi des paiements, export comptable, gestion des achats... Pour les associations qui facturent régulièrement, il permet un suivi administratif plus efficace et plus fiable.
De nombreuses entreprises collaborent avec des associations, en tant que clients ou fournisseurs. Plaçons-nous du point de vue de ces professionnels pour comprendre comment gérer la facturation entre entreprises et associations.
Lorsqu'une entreprise vend un bien ou un service à une association, elle applique ses règles habituelles de facturation. Ainsi :
Le fait que l’association soit assujettie ou non à la TVA n’a pas d’impact sur votre facture. Cependant, si votre client n’est pas assujetti, il ne pourra pas récupérer la TVA payée.
Avant d'accepter une facture émise par une association, une entreprise doit vérifier plusieurs points :
Ces vérifications évitent tout risque de rejet en cas de contrôle fiscal, et sécurisent la déduction éventuelle de la TVA côté entreprise. Notez que l'article L. 441-9 du Code de commerce impose au vendeur de délivrer la facture et à l'acheteur de la réclamer : le client s'expose donc lui aussi à l'amende administrative en cas de défaut de facturation.
En résumé, une association a le droit d’émettre des factures, même lorsqu’elle n’a pas de numéro Siret. Dans bien des cas, notamment pour les ventes ou prestations destinées à des professionnels, elle a même l’obligation de le faire. Les associations assujetties à la TVA, y compris celles qui ne la collectent pas, en franchise ou en exonération, sont soumises à des obligations supplémentaires, notamment dans le cadre de la réforme de la facturation électronique. Enfin, rappelons que depuis 2020, toutes les factures associatives destinées à des entités publiques doivent être émises sur la plateforme Chorus Pro.