Marie Cordier
3/9/2026
8
min
Admin & Fiscalité

La facturation électronique s’impose peu à peu dans l'Union européenne. Elle structure déjà les échanges entre administrations et fournisseurs et gagne du terrain dans les transactions inter-entreprises. Chaque pays avance selon son propre calendrier, mais les objectifs sont communs : réduire la fraude à la TVA, simplifier les échanges économiques et accélérer la transition numérique du secteur de la facturation. Alors que le e-invoicing et le e-reporting s’apprêtent à se déployer en France, tour d’horizon de la facturation électronique en Europe.
Une facture électronique ne se résume pas à un PDF envoyé par email. C'est un document structuré : ses données sont organisées pour être lues, transmises et traitées automatiquement par les systèmes informatiques.
Ce mode de dématérialisation avancé repose sur un socle commun à toute l'Union européenne : la norme EN 16931. Publiée par le CEN (Comité européen de normalisation), elle définit le modèle sémantique de données qu'une facture conforme doit respecter, quel que soit le pays d'émission. Elle établit ainsi un langage commun, traduit ensuite techniquement dans différents formats de facture électronique.
💡 Bon à savoir : trois formats structurés sont reconnus au titre de cette norme : Factur-X, format hybride associant un PDF lisible par l'humain et un fichier XML lisible par la machine, UBL (Universal Business Language) et CII (Cross Industry Invoice). Ce sont ceux que retient également la réforme française.
Cette architecture commune garantit l'interopérabilité : une facture émise par une entreprise italienne doit pouvoir être comprise par un logiciel comptable allemand, sans adaptation manuelle ni perte de données. Sans modèle sémantique commun, l’automatisation des échanges transfrontaliers serait impossible. Elle prolonge la logique de l'EDI (échange de données informatisées), utilisé de longue date entre grands donneurs d'ordre et fournisseurs.
La réponse et les modalités de dématérialisation dépendent du type de transaction concerné.
💡 Bon à savoir : tous les pays membres ont transposé cette obligation dans une loi nationale, mais son application reste encore inégale sur le terrain. Le niveau de préparation réel des administrations destinataires varie fortement, et certains États n'imposent la réception qu'aux administrations centrales, sans l'étendre aux collectivités locales.
Ce cadre s'appuie sur le réseau Peppol (Pan-European Public Procurement Online), créé en 2008 pour standardiser les échanges de documents entre entreprises et administrations. Les factures transitent via un point d'accès Peppol certifié, qui les transmet à la plateforme du pays destinataire. En France, cette plateforme est Chorus Pro, obligatoire depuis 2020 pour tous les fournisseurs du secteur public.
Pour les échanges entre entreprises et administrations (B2G, business-to-government), la réponse est oui. La directive 2014/55/UE impose aux entités publiques de recevoir et traiter des factures électroniques conformes à l'EN 16931. Toute entreprise de l'Union européenne peut ainsi répondre à un appel d'offres public dans un autre État membre, sans barrière de format.
💡 Bon à savoir : tous les pays membres ont transposé cette obligation dans une loi nationale, mais son application reste encore inégale sur le terrain. Le niveau de préparation réel des administrations destinataires varie fortement, et certains États n'imposent la réception qu'aux administrations centrales, sans l'étendre aux collectivités locales.
Ce cadre s'appuie sur le réseau Peppol (Pan-European Public Procurement Online), créé en 2008 pour standardiser les échanges de documents entre entreprises et administrations. Les factures transitent via un point d'accès Peppol certifié, qui les transmet à la plateforme du pays destinataire. En France, cette plateforme est Chorus Pro, obligatoire depuis 2020 pour tous les fournisseurs du secteur public.
Pour les transactions entre entreprises (B2B) ou avec des particuliers (B2C), l'Union européenne n’impose pour l’instant pas d’obligation générale. Jusqu’en 2025, les États membres souhaitant généraliser la facturation électronique au-delà du B2G devaient obtenir une dérogation auprès du Conseil de l'UE.
On observe donc, pour le moment, une mosaïque de règles nationales, que l’Union européenne cherche à harmoniser à moyen terme via le projet ViDA (cf. fin de l’article). Deux modèles coexistent :
Certains clients restent hors du champ : les particuliers, les structures non assujetties à la TVA et les entreprises étrangères non établies dans le pays concerné.
Préparez-vous à la facturation électronique avec les experts Kolecto

💡 Bon à savoir : avant que l'Europe ne s'en empare, la facturation électronique s'est d'abord implantée en Amérique latine : le Chili dès 2003, puis le Mexique et le Brésil dans la foulée, confrontés à une fraude fiscale massive qu'ils cherchaient à endiguer.
En Europe, c'est l'Italie qui a ouvert la marche dès 2014 avec une obligation initialement limitée au B2G. Elle l'a étendue aux opérations B2B et au B2C domestiques dès le 1er janvier 2019, via la plateforme Sistema di Interscambio (SdI) et le format FatturaPA.
Le fonctionnement italien repose sur un modèle de type “clearance” : l'administration valide chaque facture avant transmission. Il sert aujourd'hui de référence à plusieurs pays européens engagés dans une logique similaire.
En France, l’émission de factures électroniques via Chorus Pro pour les opérations B2G est obligatoire depuis 2020. L’administration fiscale (DGFiP) a engagé une réforme prévoyant le déploiement de deux nouvelles obligations :
Cette réforme s’appliquera selon un processus en deux temps à partir de septembre 2026 (voir calendrier facturation électronique). Les deux dispositifs reposent sur des plateformes agréées par l’administration fiscale côté utilisateur, tandis que le PPF (portail public de facturation) joue un rôle d’annuaire central et d’agrégateur de données.
Après une phase de déclaration transitoire au premier semestre 2024, la facturation électronique B2B est pleinement obligatoire depuis le 1er juillet 2024, via la plateforme RO e-Factura. Depuis le 1er janvier 2025, les ventes aux particuliers (B2C) doivent être déclarées sur la même plateforme.
La facturation électronique B2B est obligatoire depuis le 1er janvier 2026 pour toutes les entreprises assujetties à la TVA. Le format retenu est le Peppol BIS 3.0, conforme à la norme EN 16931 et transmis via le réseau Peppol.
Sous le programme “Fiscalization 2.0”, la facturation électronique B2B domestique est obligatoire depuis le 1er janvier 2026 également. Les entités non assujetties à la TVA doivent pouvoir recevoir des factures électroniques depuis la même date, et en émettre à leur tour à partir de janvier 2027. La plateforme nationale est eRačun, opérée par l'agence FINA.
Le système KSeF, disponible sur base volontaire depuis 2022, devient obligatoire par paliers : le 1er février 2026 pour les grandes entreprises (plus de 200 millions de zlotys de chiffre d'affaires), le 1er avril 2026 pour la plupart des autres, et le 1er janvier 2027 pour les micro-entreprises dont les ventes mensuelles facturées ne dépassent pas 10 000 zlotys, soit environ 2 300 euros.
La plateforme myDATA impose une transmission en temps réel des données de facturation depuis 2021. La facturation électronique B2B est entrée en vigueur le 2 mars 2026, après un report annoncé le 17 février 2026 par le ministère de l'Économie et l'AADE, pour un premier périmètre d'entreprises, celles dont le chiffre d'affaires brut a dépassé un million d'euros sur l'exercice 2023. Une période de mise en œuvre progressive court jusqu'au 3 mai 2026, avec une généralisation prévue au 1er octobre 2026, assortie d'une période d'ajustement jusqu'au 31 décembre 2026.
Depuis le 1er janvier 2025, toutes les entreprises doivent être en mesure de recevoir des factures électroniques structurées (formats XRechnung et ZUGFeRD). L'émission devient obligatoire au 1er janvier 2027 pour les entreprises dont le chiffre d'affaires dépasse 800 000 euros, puis au 1er janvier 2028 pour toutes les autres.
La loi Crea y Crece vise une facturation électronique B2B obligatoire à partir d'octobre 2027 pour les entreprises générant plus de 8 millions d'euros de chiffre d'affaires, et d’octobre 2028 pour les autres. Le cadre juridique a été posé par le décret royal adopté le 24 mars 2026, un arrêté ministériel devant encore fixer le point de départ des délais.
Après la mise en place d'une déclaration électronique des registres de TVA obligatoire depuis juillet 2025, la transition vers la facturation électronique B2B est prévue pour le 1er janvier 2028.
L'obligation B2B, initialement annoncée pour janvier 2026, a finalement été reportée à janvier 2028. Le processus a toutefois démarré dès mars 2026, avec une adoption volontaire encouragée.
Voici un état des lieux, pays par pays, de la facturation électronique B2G et B2B dans les 27 États membres de l’Union européenne :
💡 Bon à savoir : la Commission européenne publie des fiches sur le statut de la facturation électronique dans chaque pays membre.
Dans le cadre de la réforme en cours en France, la facturation B2B internationale relève de l’obligation de e-reporting. Les entreprises qui facturent des clients européens devront donc transmettre les données de transaction (et les données de paiement en cas de TVA sur les encaissements) à l’administration fiscale, via une plateforme agréée.
Cette obligation s’applique :
🔎 En pratique ? Jeanne et Arthur, agriculteurs à la tête d’une petite exploitation, vendent régulièrement des semences à une entreprise allemande. À partir du 1er septembre 2027, ils devront déclarer périodiquement ces ventes sur leur plateforme agréée dans le cadre du e-reporting. Ils restent en revanche libres de faire les factures dans le format de leur choix pour ce client étranger, à condition de respecter les obligations (mentions obligatoires facture, archivage…).
Aucun État n’impose à ce jour de faire une facture électronique pour une transaction intracommunautaire. Vos fournisseurs italiens ou belges n’ont donc pas d’obligation de vous facturer sous cette forme. La Grèce fait exception pour les ventes vers des pays tiers hors UE, qu'elle intègre à son obligation, l'intra-UE restant optionnel.
En pratique, rien ne vous empêche de vous entendre pour échanger des factures électroniques, si vos systèmes respectifs le permettent. Le réseau Peppol facilite justement ce type d'échange. Cela peut vous permettre de centraliser toutes vos factures B2B sur un même canal, notamment pour faciliter leur intégration comptable.
Grâce à la directive 2014/55/UE, une entreprise française qui remporte un appel d'offres public dans un autre État membre peut en principe émettre la facture destinée à l’acheteur public sous forme électronique.
Dans la pratique, toutefois, le canal de transmission et surtout le niveau réel de préparation de l'administration peuvent varier fortement d'un pays à l'autre. Avant de facturer, il est indispensable de vérifier les modalités précisées par l'acheteur public, pour s'assurer de la conformité de sa facture aux exigences locales.
Le projet ViDA (VAT in the Digital Age) a été formellement adopté par le Conseil de l'Union européenne le 11 mars 2025. Il vise à harmoniser à terme les régimes nationaux de facturation électronique et de reporting numérique, aujourd'hui disparates.
Trois échéances structurent ce projet :
Cette échéance de 2035 vise en particulier les modèles de validation préalable, comme celui de l'Italie ou de la Grèce, qui devront être adaptés.
Pour les entreprises françaises, ce calendrier confirme une trajectoire déjà engagée avec la réforme domestique. Les bénéfices attendus sont concrets : réduction des coûts de traitement, gain de temps sur la saisie, rapprochement automatisé des factures et des paiements, meilleure traçabilité, raccourcissement des délais de paiement et, à terme, déclaration de TVA pré-remplie. Les avantages de la facturation électronique attendus au niveau national se prolongeront, à terme, jusqu'aux échanges intracommunautaires, avec un format unique reconnu dans toute l'Union. Se mettre en conformité avec la réforme de la France permet donc, aussi, de prendre de l’avance et de se préparer à facturer toute l'Europe dans le même langage.