Marie Cordier
17/7/2026
9
min
Admin & Fiscalité

Franchise en base de TVA, exonération, autoliquidation : plusieurs dispositifs permettent de facturer sans TVA (taxe sur la valeur ajoutée) en France. Chaque situation obéit toutefois à des règles spécifiques, notamment en matière de mentions légales et d’obligations liées à la facturation électronique. Tour d’horizon de ce que vous devez savoir pour émettre une facture sans TVA en conformité avec la réglementation en 2026.
⚠️ Avant de faire le point sur la législation applicable, déjouons d’emblée deux idées reçues courantes :
Plusieurs situations permettent légalement de facturer sans TVA, ou “net de TVA”. Elles recouvrent des réalités très différentes, qu'il est important de ne pas confondre :
La notion d’assujetti à la TVA est définie par la directive européenne 2006/112/CE. Elle recouvre toute personne (physique ou morale) qui effectue des activités économiques de manière indépendante.
En d’autres termes, toute entreprise ou professionnel est considéré comme assujetti, même lorsqu’il ne facture pas la TVA. Une micro-entreprise bénéficiant de la franchise en base, ou un kiné réalisant uniquement des opérations exonérées, demeurent assujettis.
Cette distinction est essentielle pour comprendre les nouvelles obligations de facturation électronique. En effet, la réforme en cours ne concerne pas uniquement les entreprises redevables facturant la TVA, mais bien les assujettis (micro-entreprises incluses).
Tous les professionnels basés en France seront concernés a minima par une obligation de réception de factures électroniques. C’est pourquoi l’ensemble des entreprises doivent s’équiper d’une plateforme agréée avant le 1er septembre 2026.
La franchise en base de TVA est un régime de TVA qui dispense certaines entreprises de collecter et de reverser la TVA. Un entrepreneur en franchise en base émet donc uniquement des factures sans TVA. En contrepartie, il ne peut pas déduire la TVA sur ses achats professionnels.
Pour bénéficier de ce régime, il faut respecter des seuils de chiffre d’affaires définis par l’article 293 B du CGI (Code général des impôts). Le statut juridique de l’entreprise n’entre pas en jeu : une SAS ou une SARL qui respecte ces seuils est éligible au même titre qu’une micro-entreprise ou EI.
Les seuils 2026 de la franchise en base sont les suivants :
💡 Pourquoi deux seuils différents ?
En pratique : au 31 juillet 2026, Nicolas, consultant freelance, a atteint 37 500 € de CA. Cela déclenche un basculement vers le régime réel de TVA à compter du 1er janvier 2027. Mais le 30 septembre, il dépasse le seuil majoré de 41 250 € : il doit donc finalement facturer la TVA dès cette date.
Il existe quelques exceptions à ces règles : certaines activités (exemple : certaines opérations immobilières), définies par l’article 293 C du CGI, sont exclues d’office de la franchise en base.
Toute facture émise en franchise en base doit obligatoirement comporter la mention suivante : “TVA non applicable – article 293 B du CGI”
L'absence de cette mention, imposée par l’article 293 E du CGI, expose le professionnel à un redressement fiscal. Il ne faut pas non plus faire apparaître de montant ou de taux de TVA, même à zéro. Le prix total à payer doit être exprimé HT (hors taxe) et non TTC (toutes taxes comprises).
En tant qu’assujettis, les professionnels en franchise en base sont concernés par la réforme de facturation électronique.
Les obligations suivantes s’appliqueront aux échéances prévues par le calendrier de la facturation électronique :
Choisir une plateforme agréée avant le 1er septembre 2026 est donc indispensable.
La plateforme agréée de Kolecto incluse dans tous les forfaits

Certaines activités sont exonérées de TVA du fait de leur nature, en vertu des articles 261 et suivants du CGI. Elles font donc l’objet d’une facturation sans TVA.
La liste officielle inclut notamment :
L'entreprise ne collecte pas de TVA sur ces opérations. Elle ne peut pas non plus déduire la TVA sur ses achats correspondants.
Un même professionnel peut réaliser à la fois des opérations exonérées et non exonérées. Celles-ci doivent faire l’objet d’une facturation adaptée.
💡 En pratique ? Sophie, médecin, effectue des prises de paroles rémunérées en parallèle de son activité exonérée de soin. Cette activité annexe est soumise à la TVA et doit être facturée selon les règles applicables.
La mention doit faire précisément référence au texte de loi applicable, par exemple :
La référence exacte varie selon l'activité. En cas de doute, consultez les textes légaux ou votre expert-comptable.
Les activités strictement exonérées et sans opérations taxables annexes sont exclues du champ du e-invoicing et du e-reporting. En revanche, si l’entreprise réalise en parallèle des opérations taxables (conseil, location de salle, etc.), ces opérations entrent dans le périmètre de la réforme.
De plus, le professionnel reste concerné par l’obligation de recevoir des factures électroniques de la part de ses fournisseurs. Une plateforme agréée est donc indispensable dans tous les cas.
L'autoliquidation est un mécanisme par lequel c'est le client, et non le fournisseur ou prestataire, qui déclare et reverse la TVA à l'administration. La facture en autoliquidation est émise hors taxes, sans TVA apparente.
L’autoliquidation s’applique principalement dans deux situations :
La facture doit impérativement comporter la mention explicite “Autoliquidation”.
Le numéro de TVA intracommunautaire du client doit également figurer sur la facture pour les opérations intracommunautaires.
Les opérations en autoliquidation sont concernées par la réforme, selon le calendrier prévu.
Par exemple, un sous-traitant dans le BTP devra facturer son donneur d’ordre dans un format électronique via une plateforme agréée. Cette facture électronique devra impérativement respecter les obligations relatives à l’autoliquidation. Or, toutes les plateformes agréées n’offrent pas les fonctionnalités nécessaires.
Pour intégrer cet enjeu métier spécifique et faire une facture électronique conforme, il peut donc être utile de connecter une solution compatible adaptée à son activité à la plateforme agréée (voir aussi notre guide sur la facturation électronique dans le BTP).
Lorsque le client est situé à l’étranger, des règles spécifiques s’appliquent en matière de TVA. Elles varient selon la qualité du client (professionnel ou particulier), sa provenance géographique (UE / non-UE) et la nature de l’opération (prestation de services ou livraison de biens).
Les prestations de services rendues à un client professionnel établi dans un autre État membre de l'UE relèvent de l’autoliquidation. La facture est donc émise sans TVA, avec la mention “Autoliquidation”.
Les livraisons de biens intracommunautaires peuvent également être exonérées de TVA sous certaines conditions fixées par l'article 262 ter I du CGI. À défaut, la TVA française s'applique sur la facture.
La situation est différente pour les ventes à des particuliers : la facture doit être établie avec TVA, sauf en cas de franchise en base ou d’exonération spécifique.
En dessous d'un seuil global de 10 000 € HT de chiffre d'affaires B2C intra-UE (tous États membres confondus), la TVA française s'applique. Au-delà, c'est la TVA du pays du consommateur qui est due.
Les exportations de biens vers des pays tiers sont exonérées de TVA française (article 262 I du CGI), sous réserve de justifier de la sortie du territoire douanier de l'UE. La mention “TVA non applicable – article 262-1 du CGI” doit être inscrite sur la facture.
Pour les services, la règle dépend de la nature de la prestation et du statut du client. S’il s’agit d’une opération B2B, le prestataire établit une facture sans TVA avec la mention “TVA non applicable – article 259-1 du CGI”. La situation est plus complexe en B2C : la TVA française peut s’appliquer, mais il existe de multiples dérogations.
Les opérations avec des clients étrangers ne donnent pas lieu à une facture électronique, mais elles sont concernées par l'obligation d'e-reporting.
Cela signifie que le prestataire devra transmettre des données de transaction (et, pour les prestations de services, des données de paiement) à l'administration fiscale via sa plateforme agréée.
Pour faire des factures sans TVA, il faut d’abord inclure l’ensemble des mentions obligatoires sur une facture classique. Utiliser un modèle de facture ou passer par un logiciel de facturation limite les risques d’oublis et de sanctions.
Il est ensuite nécessaire d’ajouter la mention légale correspondant à la situation qui justifie l’absence de TVA :
Une facture sans TVA qui ne porte pas de mention explicite est une facture incorrecte. Elle peut faire l’objet de sanctions de la part de l’administration fiscale.
Un professionnel en franchise peut basculer dans le régime normal dès qu'il dépasse les seuils. Une activité exonérée reste exonérée indépendamment du chiffre d'affaires.
En sous-traitance BTP ou pour les prestations de services B2B intracommunautaire, le principe de l’autoliquidation prévaut. Déclarer la TVA à tort à la place de son client entraîne des anomalies fiscales passibles de sanctions.
Les règles diffèrent selon la qualité du client, sa localisation géographique et la nature des opérations. Une grande rigueur est donc nécessaire pour gérer ces situations.
Ne pas collecter la TVA ne dispense pas des obligations liées à la réforme. La lutte contre la fraude à la TVA étant au cœur de la réforme, l'administration sera particulièrement attentive à la traçabilité des flux.
En tant qu’entreprise, vous pouvez recevoir des factures sans TVA. Voici la conduite à tenir pour s’assurer que le document est en règle.
Commencez par vérifier si la facture comporte une mention légale explicite (franchise, exonération, autoliquidation). L'absence de mention sur une facture sans TVA est une anomalie. S’il s’agit d’une opération intra-UE, vérifiez également que le numéro de TVA intracommunautaire du vendeur ou prestataire est présent.
Oui, si les mentions obligatoires sont absentes ou incorrectes au regard de la législation locale. Une facture mal rédigée peut vous exposer en cas de contrôle, notamment si vous avez déduit de la TVA ou devez autoliquider sur la base d'une facture non conforme.
En cas d’autoliquidation, vous devez déclarer vous-même la TVA sur l'opération (en débit et en déductible simultanément). S’il s’agit d’une franchise ou d’une exonération, l’opération n’a pas d'impact sur votre déclaration de TVA.
En résumé, facturer sans TVA est parfaitement légal dans de nombreuses situations, à condition d'identifier le régime applicable et de respecter les mentions obligatoires. Franchise en base, exonération, autoliquidation ou opérations internationales : chaque cas répond à des règles spécifiques qui influencent à la fois votre facturation, vos échanges avec vos clients et vos obligations déclaratives. S’équiper d’un logiciel de facturation ou d’une plateforme agréée adaptée sécurise la création de vos factures sans TVA.