Marie Cordier
13/7/2026
9
min
Admin & Fiscalité

La facturation des prestations de services répond à des règles spécifiques qui diffèrent de celles applicables à la vente de marchandises. Gestion de la TVA, facturation à l’avancement, nouvelles obligations liées à la facturation électronique… Les prestataires doivent maîtriser plusieurs mécanismes pour rester conformes et sécuriser leur trésorerie. Que vous soyez freelance, consultant, artisan, profession libérale, dirigeant de TPE/PME ou à la tête d’une agence, faire une facture implique également de connaître les règles générales applicables en France.
La distinction entre livraison de bien et prestation de service est posée par l’article 256 du Code général des impôts (CGI). Elle a des conséquences directes sur la facturation.
Une prestation de service désigne toute opération économique ne constituant pas une livraison de biens corporels. Intangible, elle valorise du temps, de l'expertise ou du conseil, sans transfert de propriété d'un objet matériel. La notion de service inclut par exemple les prestations de maintenance, de formation, d’informatique, de transport, de communication, de beauté ou de bien-être...
À l'inverse, une vente de marchandise (ou livraison de biens) consiste à transférer la propriété d'un bien physique à un client. Certaines activités sont mixtes : elles combinent fourniture de bien et réalisation d’un service. C’est le cas par exemple lorsqu’un artisan installe une chaudière qu’il fournit également.
De nombreuses règles sont communes aux deux types d’opérations : mentions obligatoires, prescription des factures, délai de conservation…
Cependant, la facture de prestation de service a quelques spécificités que nous approfondirons dans cet article :
Facturer une prestation de service est systématiquement obligatoire en B2B, et obligatoire à partir de 25 € TTC ou à la demande du client en B2C.
Toute prestation de service entre professionnels déclenche une obligation d'émission de facture, quelle que soit la nature ou le montant de la transaction (article L.441-9 du Code de commerce).
Cette obligation concerne les sociétés, les indépendants et micro-entrepreneurs, ainsi que les associations assujetties à la TVA. Elle vaut également lorsque le client est une entité publique.
Lorsque le client est un particulier, la facture est obligatoire dans deux situations :
Cette obligation est définie par l’article 1 de l'arrêté du 3 octobre 1983 relatif à la publicité des prix de tous les services, modifié par l'arrêté du 15 juillet 2010.
⚠️ Attention : des amendes sont prévues en cas de défaut de délivrance d’une facture (50 % du montant de la transaction, réduits à 5 % lorsque le fournisseur prouve que l’opération a été régulièrement comptabilisée).
La réforme de la facturation électronique impose de nouvelles obligations aux prestataires de services. Pour y répondre, chaque entreprise doit s’équiper d’une plateforme agréée d’ici septembre 2026.
La facturation électronique, ou e-invoicing, devient progressivement obligatoire pour les opérations entre professionnels assujettis à la TVA en France.
Dès septembre 2026 ou 2027 (voir calendrier de la facturation électronique), les prestataires de services vont devoir émettre toutes leurs factures B2B domestiques dans un format électronique via une plateforme agréée.
Les prestataires de services sont également concernés par une nouvelle procédure déclarative liée à la facturation : le e-reporting.
Elle concerne les prestations B2C ou destinées à une entreprise basée à l’étranger. Bien que la facturation électronique ne soit pas obligatoire pour ces opérations, certaines données devront être déclarées à l’administration fiscale via une plateforme agréée.
Pour les prestations de service, deux types de données doivent en principe être déclarés :
Si l’entreprise a opté pour la TVA sur les débits, seules les données de transaction sont requises.
La plateforme agréée de Kolecto incluse dans tous les forfaits

Les prestations de services destinées à l’administration publique (B2G) sont déjà concernées par la facturation électronique depuis 2020. Elles doivent systématiquement faire l’objet d’une facture électronique déposée et transmise via la plateforme publique Chorus Pro.
Les prestations exonérées de TVA (exemples : soins médicaux, formations), en revanche, ne sont concernées ni par la facturation électronique, ni par le e-reporting.
En France, la liste des mentions obligatoires sur une facture est définie par l’article 242 nonies A de l'annexe II au CGI, et par l’article L441-9 du Code de commerce pour les prestations de services.
D’autres mentions particulières peuvent être requises dans certains cas. Par exemple, pour certaines activités artisanales, il est obligatoire de mentionner l’assurance responsabilité civile professionnelle et l’assurance décennale (le cas échéant).
Dans le cadre du déploiement progressif de la facturation électronique, quatre nouvelles mentions deviennent obligatoires :
Un modèle de facture s'organise en plusieurs blocs :
💡 Bon à savoir : un logiciel de facturation efficace automatise la numérotation, pré-remplit les mentions obligatoires et élimine les erreurs de calcul des montants et de la TVA.
La facture doit en principe être émise dès la réalisation de la prestation (article 289 du CGI). Cela correspond au moment où le service est considéré comme exécuté et où la créance devient exigible.
💡 Bon à savoir : il est possible d’émettre une facture acquittée (ajout de la mention “acquittée” sur la facture initiale) une fois le paiement reçu.
Des délais différents peuvent s’appliquer dans deux situations :
Dans les deux cas, la facture doit être émise au plus tard à la fin du mois de réalisation des opérations. Cette échéance peut être reportée au 15 du mois suivant pour les opérations dont la TVA est due par le client (autoliquidation).
Pour les projets étalés sur plusieurs mois, il est recommandé de fractionner la facturation. Cela permet de mieux piloter la trésorerie, notamment en maintenant un fonds de roulement suffisant.
Différents types de factures peuvent ainsi être émis :
Le taux normal de 20 % s'applique à la grande majorité des prestations de services en France (article 278 du CGI).
Des taux spécifiques existent pour certaines activités de services :
💡 Bon à savoir : les taux de TVA ne sont pas les mêmes en Corse et dans l’outre-mer.
Enfin, certaines activités bénéficient d’une exonération totale de TVA et font l’objet d’une facture sans TVA. Cela concerne notamment les soins médicaux et paramédicaux, les frais d’hospitalisation, le transport de malades ou blessés, les prestations d’enseignement et de formation, la garde d’enfants… (articles 261 à 263 du CGI).
Selon son niveau de chiffre d’affaires, une entreprise de services peut être soumise à différents régimes de TVA :
⚠️ Attention : contrairement à une idée reçue, un micro-entrepreneur peut être redevable de la TVA s’il dépasse les seuils de la franchise en base (voir notre guide facturation freelance).
Le prestataire de services doit donc facturer la TVA dès qu’il ne bénéficie plus de la franchise en base, sauf en cas d’activité exonérée, d’opération internationale (voir ci-dessous) ou de facture en autoliquidation.
Lorsqu'un prestataire français assujetti vend une prestation de services à un client professionnel assujetti établi dans un autre État membre de l'UE, la TVA est due dans le pays d'établissement du client (directive 2006/112/CE).
En pratique, cela se traduit par une facturation HT avec autoliquidation : c'est le client qui collecte et reverse la TVA de son pays à son administration fiscale. La facture doit comporter la mention obligatoire “Autoliquidation”. Le numéro de TVA intracommunautaire du client doit également y figurer.
💡 Bon à savoir : lorsque le client est non assujetti, c'est la TVA française qui s'applique : le prestataire facture TTC et collecte la taxe. D’autre part, des règles dérogatoires existent pour certaines activités.
Pour les prestations destinées à un client établi hors de l'Union européenne, la TVA française n'est pas applicable (article 259-1 du CGI). La facture est émise HT, avec la mention “TVA non applicable – art. 259-1 du CGI”.
Pour les prestations de services, la TVA est par défaut exigible à l'encaissement, et non à la date d'émission de la facture (article 269 du CGI). Cela signifie que le prestataire déclare la TVA collectée uniquement une fois qu’il a encaissé le paiement. C'est une spécificité majeure par rapport à la vente de biens, qui a un impact sur la trésorerie (pas besoin “d’avancer” la TVA).
Le prestataire peut toutefois opter pour la TVA sur les débits : la taxe devient alors exigible dès la date d'émission de la facture. Cette option simplifie la comptabilité (plus besoin de suivre les encaissements pour la déclaration TVA) mais entraîne un décalage de trésorerie.
Les délais de paiement entre professionnels sont encadrés par l'article L441-10 du Code de commerce :
Ces conditions doivent figurer dans les conditions générales de vente (CGV) et sur la facture. Cette dernière doit également mentionner le taux des pénalités de retard et l'indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 €.
Un logiciel de facturation peut permettre de renforcer l’efficacité de la gestion des ventes, avec des fonctionnalités telles que :
La réforme introduit un principe de cycle de vie permettant de suivre le statut des factures électroniques en temps réel. Pour l’entrepreneur, c'est un gain de visibilité sans précédent sur ses créances.
Plus généralement, c’est une occasion pour les entreprises de services de moderniser et d’optimiser leur gestion. Les avantages de la facturation électronique incluent un gain de temps et une baisse des coûts grâce à l’automatisation, une organisation comptable plus fluide, ou encore un archivage électronique des factures plus sécurisé.