Finances

2026 : l’année qui réinvente le calendrier de la DAF

Par
Adeline Perrigault
14/1/2026
10
min

Chaque début d’année, Adeline Perrigault, VP Finance de Kolecto suit le même rituel : poser à plat les échéances fiscales, sociales, les clôtures et les budgets dans un calendrier bien défini, afin d’aborder la nouvelle année fiscale et financière avec le plus d’anticipation possible. Sauf que 2026 n’est pas une année fiscale comme les autres. C’est l’année 0 de la facturation électronique. Et cela change tout.

Alors, lorsqu’elle a commencé à construire son calendrier 2026, elle a vite compris qu’il ne ressemblerait à aucun autre.

Bonne nouvelle : les Directions Financières ont appris à évoluer dans l’incertitude. En 2026, année de bascule, les projets de transformation doivent se poursuivre pour soutenir la croissance et la création de valeur, dans une logique de conformité désormais continue, à aborder avec anticipation, rigueur et vision stratégique.

Pour notre blog, elle nous explique sa gestion du calendrier, et en quoi 2026 change la donne

Janvier – Mars : lancement d’exercice et clôture comptable

Janvier : le mois où tout se joue en même temps

Janvier, c’est un grand écart permanent. D'un côté, il faut boucler 2025. Finaliser les inventaires, justifier les comptes, relancer les tiers pour les circularisations qui traînent. Le dossier de clôture pour l'expert-comptable ou les CAC ne se construit pas tout seul : chaque compte de bilan doit être justifié, chaque mouvement de l'exercice passé au crible. 

C'est aussi le moment du dernier rapprochement bancaire au 31/12, de la dernière vague de factures d'achats et de ventes à comptabiliser et à recevoir. Ce qui implique d’avoir bien tous ses avoirs, de croiser les factures avec les devis, les bons de commande et les contrats… 

De l'autre côté, 2026 démarre. Les premières factures clients partent, les premiers paiements fournisseurs aussi. Ce qui sous-entend de mettre à jour les habilitations, vérifier les droits d'accès, ajuster le paramétrage dans l'ERP. Parce qu'une année qui démarre mal, c'est douze mois à rattraper.

Et cette année, on sait que septembre va arriver vite. Et avec lui, la facturation électronique obligatoire.

Mon conseil :  Si vous avez l’habitude de justifier votre comptabilité en temps réel, et de suivre vos comptes de bilan mensuellement garder cette rigueur dès janvier. Quand le rush de la clôture annuelle en plus de la comptabilité courante va s’estomper, un fichier avec la bonne donnée depuis le début de l’année sera fortement apprécié, même si la forme n’est pas optimale. 


Février : les premières vérités

Février, c'est le mois où on regarde les chiffres en face. Le budget N-1 ? On fait le post-mortem, tout en continuant la clôture en parallèle. Qu'est-ce qui a marché ? Qu'est-ce qui a dérapé ? Quelles hypothèses étaient fausses ? C'est parfois désagréable, mais c'est indispensable. Parce que c'est de là qu'on tire les enseignements pour ne pas reproduire les mêmes erreurs.

Une fois ce travail fait, on déploie le budget 2026 auprès des managers. On traduit les chiffres en actions opérationnelles. On ajuste aussi les éléments RH : augmentations annuelles, suivi des ETP. C'est le moment où les promesses budgétaires deviennent tangibles pour les équipes.

En parallèle, les premiers échanges avec les CAC ou l'expert-comptable commencent. On présente les comptes de 2025, on répond aux premières questions, on anticipe les points de friction.

Mon conseil : le post-mortem budgétaire, c'est le moment de la transparence absolue. Attention donc à ne pas enjoliver les analyses pour protéger son ego ou celui de sa direction. Au contraire, jouez franc jeu : une hypothèse était fausse ? Dites-le. Un manager a trop promis ? Documentez-le. Cette honnêteté en février vous donne de la crédibilité pour les onze mois qui suivent.


Mars : les échéances officielles

Dans un scénario idéal, mars marque le sprint final de la clôture et l’approbation définitive des comptes en interne. C’est le moment de finaliser la liasse fiscale en avance ! (et toutes les obligations qui vont avec). On prépare l'Assemblée Générale annuelle : supports, convocations, anticipation des questions.

En 2026, c’est aussi à ce moment-là qu'on commence à tester "grandeur réelle" les flux de facturation électronique, entrants et sortants. On vérifie que tout fonctionne, qu'on n'a rien oublié. Parce que dans six mois, il n'y aura plus le droit à l'erreur.

Mon conseil : ne sous-estimez jamais la préparation de l'AG. J'ai vu trop de DAF arriver avec des slides impeccables mais incapables de répondre aux questions sur un point de détail. Anticipez les questions embarrassantes et préparez des réponses claires et chiffrées.
Pour la facturation électronique : testez maintenant, pas en août. Un bug détecté en mars, c'est trois mois pour le corriger. Un bug détecté en août, c'est la panique.

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Avril – Juin : reporting, pilotage, conformité et montée en puissance de la e-facturation

Avril : le printemps du pilotage

On clôture Q1 et les premiers signaux arrivent. Cash, marge, churn, productivité. Ces indicateurs ne mentent pas. Ils nous disent si l'année démarre comme prévu, ou si on est déjà hors trajectoire.

C'est aussi le moment de mettre à jour le budget 2026. Si les tendances de Q1 montrent un décalage, c'est maintenant qu'il faut réagir. On est encore au printemps. Il est encore temps de réajuster, de redéployer des ressources, de revoir certaines hypothèses.

Et surtout, on partage. Les chiffres vont à la direction, mais aussi aux équipes. Parce qu'un DAF qui garde les chiffres pour lui, c'est un DAF qui perd la confiance de ses équipes.

Mon conseil : Avril, c'est votre première vraie chance de corriger le tir. Ne vous accrochez pas à un budget devenu irréaliste par fierté. Si Q1 vous montre un écart structurel (pas juste un décalage temporaire), ajustez maintenant. Votre crédibilité en sortira renforcée, pas affaiblie.


Mai : obligations sociales et conformité

Mai, c’est une respiration, un mois calme qui permet de rattraper le retard du premier trimestre, tout en procédant à l’audit des comptes mensuels en parallèle. 

Les déclarations annuelles tombent. C'est administratif, c'est peu glamour, mais c'est non négociable. Un retard, c'est une pénalité. Une erreur, c'est un redressement.

Mais cette année, mai a une autre dimension. Il faut vérifier l'alignement entre nos contrats fournisseurs et les obligations de facturation électronique. Est-ce que nos conditions contractuelles sont compatibles avec le passage à l'e-invoicing ? Est-ce qu'on a anticipé les impacts sur les délais de paiement, les modalités de contrôle, les clauses de conformité ?

C'est technique, c'est fastidieux, mais c'est ce genre de détail qui vous sauve en septembre.

Mon conseil : Ne déléguez pas l'analyse des processus KYS et KYC à quelqu'un qui ne comprend pas les enjeux de la facturation électronique. Prenez le temps de croiser juridique, achats et compta autour d'une table. Une demi-journée maintenant vous évite trois semaines de négociations sous tension en plein été.


Juin : audit des flux et montée en maturité sur la facturation électronique

Juin, c'est votre dernière fenêtre de tir avant l'été. Et c'est aussi le dernier moment pour monter en maturité avant le rush de septembre. C’est le moment idéal pour passer en revue tous les flux : e-factures entrantes, sortantes, e-reporting. On vérifie que tout circule comme prévu, qu'il n'y a pas de goulot d'étranglement, pas de format qui bloque, pas de facture qui disparaît dans les limbes d'une plateforme mal paramétrée.

C'est aussi le moment d'ajuster le paramétrage de la Plateforme Agréée. Parce qu'entre la théorie de mars et la pratique de juin, il y a toujours des surprises.

Et surtout, on forme. Les équipes compta, Ventes, Achats. Parce que la facturation électronique n'est pas un bouton qu'on active mais un changement structurel, une formation en continue, pas en une seule fois.

Mon conseil : ne vous dites pas "on verra ça en septembre". En Finance comme dans beaucoup d'autres domaines, un été mal préparé, c'est une rentrée catastrophique. Organisez au moins deux sessions de formation par équipe en juin. Et surtout, testez avec des vrais cas : une facture complexe, une facture rectificative, un avoir. Les bugs se révèlent toujours sur les cas particuliers, jamais sur les factures standards. Trouvez-les maintenant, pas le 15 septembre avec un client mécontent au téléphone.


Juillet – Août : la période paradoxale, entre ralentissement opérationnel et chantiers stratégiques

Juillet : la période des "grands chantiers invisibles"

Pendant que l'entreprise ralentit, c'est le moment idéal pour mener les chantiers de fond, ceux qu'on repousse toute l'année parce qu'ils sont chronophages et peu visibles. Cette année, il y en a un qui ne peut plus attendre : le nettoyage des bases fournisseurs et clients.

Doublons, adresses obsolètes, contacts partis depuis trois ans, informations de facturation incomplètes. Avant septembre, tout ça doit être nettoyé. Parce qu'une base mal tenue, c'est la garantie de factures bloquées, de flux qui plantent, de litiges qui s'accumulent.

C'est aussi le moment de refondre les processus P2P (Procure-to-Pay) et O2C (Order-to-Cash). Avec la facturation électronique, on ne peut plus se permettre des circuits de validation à rallonge, des validations manuelles sur des fichiers Excel, des allers-retours par mail. 

En parallèle, on réalise les fichiers de contrôle : chiffre d'affaires, suivi des charges constatées d'avance, rapprochements. Ces fichiers qu'on fait en catastrophe en décembre ? En juillet, on a le temps de bien les faire.

Et puis il y a le point d'étape avec la direction. Vision stratégique pour le S2. Où en est-on ? Où va-t-on ? Quels ajustements pour la deuxième partie d'année ?

Sans oublier la revue des comptes du S1 par l'expert-comptable ou la mission d'intérim des CAC.

Mon conseil : soyez particulièrement vigilant sur la mise à jour de vos bases tiers. Mobilisez un ou deux comptables à plein temps sur cette mission, avec des critères clairs : tout fournisseur/client sans transaction depuis 24 mois = à vérifier. Tout contact sans email = à compléter. C'est ce qui fait la différence entre un go-live maîtrisé et un go-live chaotique.


Août : la respiration… mais pas pour la trésorerie

Historiquement, août est une période à risque. Les clients payent moins, ou plus tard. Les relances traînent parce que les interlocuteurs sont absents. Les litiges s'accumulent dans les boîtes mail. Et pendant ce temps, les charges fixes tombent, les fournisseurs stratégiques attendent leurs règlements.

Résultat ? Août, c'est souvent le mois où le BFR explose silencieusement.

Cette année, pas question de baisser la garde. Suivi renforcé des encaissements, relances anticipées dès fin juillet, contacts directs avec les gros clients pour sécuriser les paiements avant les départs en vacances.

En parallèle, on commence à préparer le cycle budgétaire : grille d'hypothèses, rétroplanning, premiers échanges informels avec les directeurs métiers. Un budget qui démarre en septembre sans préparation est assuré de partir en vrille en octobre.

Mon conseil : Ne partez jamais en vacances sans avoir sécurisé votre top 10 clients. Cela vous évitera le classique “parce que personne n'a répondu en août" lorsqu’on demande pourquoi les clients ont décalé leurs paiements de 30 jours . Résultat : un trou de trésorerie et un découvert non négocié. Contactez vos dix plus gros clients avant le 15 juillet pour confirmer les dates de règlement d'août. 


Septembre – Novembre : le cœur du cycle DAF ; budget, arbitrages, projections et gouvernance

Septembre : lancement officiel du budget 2027

Après des semaines de préparation discrète, on lance officiellement le cycle budgétaire 2027. On transmet les guidelines aux managers : les règles du jeu, les attendus, le calendrier, les formats.

On pose aussi la grille d'hypothèses. Croissance attendue, inflation, évolution de la masse salariale, taux de churn, coûts directs. Ces hypothèses ne sont pas des paris au doigt mouillé. Ce sont des paris documentés, appuyés sur les tendances de l'année, les signaux du marché, les retours terrain. J’ai justement publié un article sur ce sujet.

Septembre 2026, c’est aussi le mois de l’entrée en vigueur de la facturation électronique. Par conséquent, votre grille d'hypothèses doit intégrer les impacts chiffrés de la première année pleine de la réforme. Gains de temps ? Coûts de plateforme ? Réduction des litiges ? Avenant à la lettre de mission comptable ?

Cette réforme dépasse de loin le cadre réglementaire ; pour les entreprises, elle représente un investissement. Et doit donc apparaître dans les chiffres.

Mon conseil : ne lancez jamais un budget sans avoir d'abord cadré vos hypothèses avec la direction générale. Trop de cycles budgétaires partent en vrille parce que le DAF et le DG n'étaient pas alignés sur la croissance attendue ou l'ambition de recrutement. Bloquez une heure avec votre DG début septembre pour valider les hypothèses macro. Une fois ce socle posé, le reste suit. Sans ça, on construit sur du sable.


Octobre : consolidation et arbitrages

Les départements remontent leurs budgets. Et comme toujours, la somme des ambitions dépasse les moyens disponibles. Tel département veut doubler son budget, un autre veut recruter cinq nouveaux profils. Enfin un troisième souhaite ouvrir des antennes dans trois nouvelles régions.

C'est là que ça se joue. Consolidation, analyse, premières renégociations. On ajuste la masse salariale : est-ce qu'on recrute en CDI ou on sous-traite ? Est-ce qu'on intègre ces glissements d'ETP ou on les challenge ?

On décline aussi les trois scénarios : pessimiste, médian, ambitieux. Parce qu'un budget, ce n'est pas une ligne droite. C'est une fourchette, avec des hypothèses basses, moyennes, hautes. Et c'est sur cette base qu'on aligne la direction générale.

Octobre, c'est le mois où le DAF devient arbitre. Et parfois, c'est inconfortable. Mais c'est le cœur du métier.

Mon conseil : quand je dois arbitrer, je documente. Je montre les scénarios. Je chiffre les impacts. Et surtout, je laisse les managers choisir : "Avec ce budget, tu peux faire A ou B, mais pas les deux. Qu'est-ce qui est prioritaire pour toi ?" Vous passez du rôle de censeur à celui de partenaire. 


Novembre : bouclage et validation du budget

Les derniers arbitrages tombent. On finalise les ajustements avec les directions métiers. Chaque ligne doit être défendable, chaque hypothèse justifiée, chaque ETP documenté.

On prépare aussi le support de présentation au CODIR et au CA. Pas juste un fichier Excel avec des colonnes de chiffres. Un vrai storytelling : où on en est, où on veut aller, comment on y arrive, quels sont les risques, quelles sont les opportunités.

En parallèle, on met en place les KPIs budgétaires pour 2027. Les indicateurs qu'on suivra tous les mois pour piloter l'année. Cash, marge, productivité, churn, masse salariale. Et on paramètre les outils : ERP, BI, tableaux de bord. 

Mon conseil : ne noyez pas votre audience sous les chiffres. Le format idéal ? 15 slides maximum. Slide 1 : vision stratégique. Slides 2-5 : les trois scénarios et celui qu'on recommande. Slides 6-10 : les hypothèses clés et les risques. Slides 11-15 : le plan d'action et les KPIs de suivi. Le reste en annexe. Vous voulez que votre CA se souvienne de trois messages clés, pas de trente colonnes de chiffres.


Décembre : lissage de fin d'année, sécurisation cash et pré-clôture

Fêtes de fin d'année, départs en vacances, réunions qui s'annulent : l'entreprise ralentit. C'est le moment de préparer la pré-clôture pour éviter l'embouteillage de janvier. Anticiper les écritures, justifier les comptes sensibles, solder les dossiers en suspens.

C'est aussi le moment de l'optimisation cash de fin d'année. Dernières relances clients pour encaisser avant le 31/12. Ajustements avec les fournisseurs stratégiques pour lisser les paiements. 

Et cette année, décembre a une mission supplémentaire : la formation finale des équipes à la facturation électronique avant la pleine charge de 2027. Septembre, c'était le go-live. Mais en janvier, ce sera la première année complète. Les équipes doivent être prêtes. 

Mon conseil : commencez à justifier vos comptes de bilan dès mi-décembre : provisions, stocks, créances douteuses, charges à payer. Et pour la trésorerie : appelez vos trois plus gros clients avant le 20 décembre.

2026, une année où le DAF renforce son rôle de chef d’orchestre de la transformation

La fonction finance a toujours jonglé entre conformité, pilotage, technologie et gestion du risque. Mais cette année, tout converge. La facturation électronique n'est pas juste une nouvelle obligation réglementaire qu'on coche sur une liste. C'est une transformation qui redessine nos process, nos outils, notre quotidien.

Elle impose une rigueur nouvelle. Elle accélère la digitalisation. Elle force les équipes à monter en compétence. Elle révèle les failles de nos bases de données, de nos circuits de validation, de nos habitudes.

Et surtout, elle place le DAF au centre du jeu. Alors mon dernier conseil ? Ne sous-estimez jamais le pouvoir de l'anticipation. Un calendrier bien construit, ce n'est pas du temps perdu. C'est du temps investi. C'est ce qui fait la différence entre un DAF qui pilote et un DAF qui subit.

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Rédigé par
Adeline Perrigault
VP Finance Kolecto
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